Dans mon rêve, un étang gelé qui  s’éveille,

Toile étincelante  où se projette l’image d’un nuage

Un nuage qui file, droit au nord, avec le vent.

Dans mon rêve, des  montagnes et la neige plantées de sapins,

Ces gros généraux de bois engoncés dans un uniforme de cuir vert.

Dans mon rêve, des bandes d’enfants, joues rouges,

Dévalant sur des luges, les pentes qu‘ils remontent, cul trempé,

De plus en plus fatigués à mesure que passe la journée.

Et bientôt tombe la nuit, soleil derrière les sommets,

La neige devient bleue et il fait froid ; Il faut rentrer.

Dans mon rêve, maison de bois, isba de babouchkas,

Inquiètes, remuant, sur le poêle de faïence, le diner.

Odeur de résine et de fumée, de noix et de gants de laines mis à sécher…

Odeur de pommes aussi, de pommes rouges,

Rouges comme les joues des enfants enfin rentrés.

Ils tendent, vers le feu,  leurs mains insensibles  

Et leurs pieds engourdis

Et regardent les flammes, silencieux, les paupières alourdies.

Il y a, dans leurs rêves, des bonbons de chocolat

Enveloppés de papier d’argent,

Des ballons, des billes d’agate

Et des étoiles qui s’éparpillent dans le vent

Quand passe St Nicolas et son traineau lourd de cadeaux.

 

Ou es-tu monde étrange ?

Ou es-tu monde perdu

Qui, peut-être, n’a jamais existé

Que sur ces cartes de vœux

Saupoudrées d‘or et d’argent,

Que je signais péniblement… ?

Ou es-tu, monde imaginaire, inconnu de l’enfant des villes que j’étais ?

Monde qui naissait quelques jours avant  noël

Pour s’éteindre, comme une flamme de cierge,

Au lendemain de la fête ?

Non, tu n’as existé que dans mes rêves,

Mes rêves qui, chaque jour, s’estompent un peu plus,

Mouillés par l’encre de chine de l’ennui…

 

LAST IROKOI © 2012